Mardi 14 février 2012 2 14 /02 /Fév /2012 12:08

I / L'artiste :

 

Eric Prodhon, peintre bourguignon, né en 58, est autodidacte. Cuisinier de métier, il prend plaisir à mélanger les couleurs et les saveurs et à présenter les mets avec harmonie et créativité. Mais, passionné par l'Histoire et l'archéologie, il s'échappe très vite des casseroles pour se former aux techniques de fouilles archéologiques, à Dijon, tout en découvrant pinceaux et encre de Chine...


Petit à petit, il s'expose en Bourgogne, de Dijon à Tournus, puis en Suisse, à Paris, dans les Alpes-Maritimes et les Vosges et, récemment, au Japon. Il fait aujourd'hui partie d'un collectif d'artistes Art Cube, basé à Gémeaux (Côte d'or), six artistes qui proposent régulièrement des « portes ouvertes » pour présenter leurs créations – peinture, sculptures ou photographies-.

 

Aujourd'hui, Eric Prodhon se partage entre peinture et sculpture, entre Bourgogne et Champagne où il vit une partie de l'année, dans une yourte, à la campagne.

 

II / L'artiste et les artistes :

 

a/ Le pinceau...

 

À ses débuts, Eric Prodhon dessine à l'encre de Chine, en noir et blanc, puis, très vite, passe à la couleur - admirant en cela le grand coloriste Vassili Kandinsky- et privilégie les couleurs primaires -le rouge et le bleu.


De l'aquarelle à l'acrylique, il jongle entre figures minutieuses des encres de couleur aux toiles plus proches de la patine et des teintes fanées des fresques de Pompéi.

 

Les encres des débuts s'inspirent fortement de Kandinsky, père de l'abstraction lyrique; l'artiste autodidacte pourrait faire siennes ces phrases du peintre russe :

 

« L'âme de l'artiste, si elle vit vraiment, n'a pas besoin d'être soutenue par des pensées rationnelles et des théories. Elle trouve par elle-même quelque chose à dire ».Source : Internet

 

« La couleur est le clavier, les yeux sont les harmonies, et l'âme est le piano aux cordes nombreuses. L'artiste est la main qui joue, en touchant une clé ou d'une autre, pour provoquer des vibrations dans l'âme. » Source : Internet

 

L'artiste est aussi influencé par les décors « art nouveau », tout en courbes, de Klimt. Il se sent proche aussi de l'abstraction de Pollock, un des maîtres de l'expressionnisme abstrait, et surtout de son utilisation de la couleur alors qu'il est séduit par la réalité « glauque » de Francis Bacon qui déforme les corps et provoque la réaction du spectateur, hypnotisé ou dégoûté par ces silhouettes inquiétantes et monstrueuses.


Fasciné par le bleu d'Yves Klein, Eric Prodhon cherche aussi à inventer une couleur ou des camaïeux de couleurs, à usage unique.

 

Enfin, les femmes ou les prêtresses des fresques de Pompéi influencent ses silhouettes féminines, délicates et empreintes de douceur alors que sa connaissance de l'archéologie depuis le néolithique ou la mythologie celte l'incite à présenter des symboles de ces civilisations antiques.

 

Dans le domaine littéraire, le monde de H.P Lovecraft traverse son œuvre dans l'exploration cosmique, créant des formes qui viennent d'un monde parallèle, comme les tableaux « La femme de Kadath » ou « La couleur tombée du ciel ».


L'œuvre d'Eric Prodhon peut être qualifiée de figuration libre, mouvement inventé par Robert Combas qui déclare qu'
« une toile peut être influencée par des publicistes naïfs africains, par l'illustration de livres d'école primaire, mélangée à Picasso ou à Mirò ou alors, un dessin genre BD, plus des fausses écritures arabes, plus une peinture brute, très Dubuffet ou COBRA. La figuration libre est une peinture qui ne renie pas ses instincts primitifs et une volonté de culture. » Source : Internet

 

Il s'apparente aussi à l'art informel, laissant toute liberté à l'imprévu et à l'aléatoire du geste, sans idée préconçue, dans la spontanéité et la création instinctive, dans l'expression libre de son inconscient, communiquant au spectateur les émotions les plus diverses, en l'occurrence la joie, la sensualité, l'humour mais aussi l'esprit du divin.
Le geste est lent, dénué de violence et la graphie, précise, révèle une attitude méditative et concentrée qui exprime un certain calme intérieur.

 

Enfin, il faut aussi citer le sculpteur/ sculptrice Niki de Saint Phalle, membre du mouvement des Nouveaux Réalistes, et ses femmes colorées et plantureuses; des « nanas » qui peuvent se trouver une parenté dans les rondeurs et les couleurs vives affichées sur les toiles de l'artiste qui est sensible à son univers à la fois joyeux et très charnel. 

 

b/ ...Et le volume

 

La sculpture est une autre forme de création qui puise ses influences du côté des « arts premiers » (« arts primitifs » ? « arts sauvages », « art tribal » ?), l'art des peuples sans écriture ; une création marquée par le religieux :  Totems aux formes rondes, exclusivement, pour représenter déesses ou dieux zoomorphes mais aussi un Christ bleu intitulé malicieusement « Le messie a une peur bleue ».


Les dernières sculptures d'Eric Prodhon sont ornées de dessins minutieux, comme un tatouage, qui évoquent les mosaïques d'or et d'argent de Klimt mais également le trait de Dubuffet, une dentelle aux tons chauds, cuivrés ou argentés surlignés d'un trait noir.

   

III L' œuvre – Le fond et la forme

 

a/ La peinture, de l'huile à l'aquarelle


Eric Prodhon peint ses aquarelles, dans un format maximum de 50 X 70 cm sur différents papiers – parchemin, mexicain, Arches- et ses huiles sur toile, dans un format de plus en plus grand, jusqu'à 2,50 m de haut sur 1,20 m. Il crée aussi des tryptiques.


Il aime fabriquer ses couleurs avec des pigments naturels, les utilisant parfois pour finaliser la toile.
Le thème de prédilection de l'artiste, en tant que peintre, est principalement la femme ; une femme sacrée, aux courbes généreuses, au corps sensuel. Cette femme, déesse plutôt que sorcière, aux couleurs exubérantes, rend les hommes heureux.


Eric Prodhon s'amuse aussi avec les formes joyeuses de ses « Rigolos » qui semblent exploser de rire sur la toile ou « Georges » à la figure hirsute qui force la sympathie, un personnage à l'humanité qui nous semble si proche... 
En 2011, Eric Prodhon crée des séries d'aquarelles, optant d'abord pour des jaunes, des oranges et des rouges lumineux , dont fait partie « Yeux bleus », une silhouette de femme qui suggère à la fois les années 30 par les cheveux crantés et un monde arabisant par sa voilette ...Une voilette qui, pourtant, ne cache pas la bouche, liberté d'une femme qui oscille entre pudeur et sensualité. 


Il a aussi développé le concept des « fragments libres » : D'anciennes aquarelles et des encres de couleur qu'il a découpées pour en conserver les meilleures séquences (« fragments »), placées entre deux plaques de plexiglas aimantés qui peuvent s'ouvrir (« libres »).

 

b/ ...Et la sculpture

 

Ses sculptures sont généralement en béton cellulaire plâtré, peintes à l'huile puis recouvertes d'un vernis écologique, ou en pierre.


À l'avenir, il aspire à travailler de plus en plus la pierre, brute et naturelle.


L'artiste, en tant que sculpteur, est toujours inspiré par le féminin; rondeurs qui évoquent le corps -seins généreux, hanches, jambes,...-, un féminin qui glisse souvent vers une déification ; une déesse plus ou moins élaborée (« Mutine », « Idole tatouée argent », « Forme », « Déesse de Kadath ») qui évoque une mythologie antérieure au christianisme, une mythologie basée sur le féminin et le maternel, à l'image de Cybèle ou de Démeter, « le féminin sacré » qui symbolise l'origine du monde.


Une autre part de sa création abandonne tout de même cette mythologie originelle pour aborder un monde religieux plus masculin qui puise son inspiration dans le christianisme (« Le messie a une peur bleue »)ou dans un paganisme universel  (« Dieu qui transpire le bleu du ciel ») jusqu'à l'évocation des grandes figures tutélaires de l'île de Pâques (« Idole d'un autre monde »).


Ces pièces naissent de l'attirance de l'artiste pour le chamanisme et son aspiration à vivre au plus près de la nature (voyage en Mongolie, résidence estivale dans une yourte, ...).  

 

IV Conclusion

 

L'œuvre d'Eric Prodhon n'est jamais triste, prône l'humour et la gaieté, célèbre l 'amour et la sensualité des femmes et n'est pas exempt d'une spiritualité proche de l'animisme. 


Elle se veut sans message ni discours. Sans être véritablement ce qu'on appelle « art brut » ni « art naïf » mais proche de leur univers, elle se donne juste à voir pour le plaisir du regard ou du toucher.


On peut tout de même citer Jean Dubuffet, « l'inventeur » de l'art brut,  qui entend cet art comme « des productions de toute espèce – dessins, peintures, broderies, figures modelées ou sculptées, etc -présentant un caractère spontané et fortement inventif, aussi peu que possibles débitrices de l'art coutumier ou des poncifs culturels... »


« Chacune de ses œuvres a son propre système de critères et de références auquel il faut d'abord s'accommoder. »
Source : Jean Dubuffet cité dans  l'Art brut  de Michel Thévoz. Editions Skira. 1995


Dans la continuité du XXème siècle qui se délivra des conventions  et des règles pour créer une œuvre anticonformiste et découvrit de nouvelles sources d'inspiration – telles que les civilisations africaines ou polynésiennes qui inspirèrent Gauguin ou Brancusi-, les créations d'Eric Prodhon ne sont pas « contemporaines», dans le sens où l'artiste ne propose ni performances, ni installations, ni vidéo ou photographie et n'adhère pas au courant conceptuel, ces formes d'art qui font florès au XXIème siècle.


Il est plus proche des artistes de la figuration libre, mouvement artistique du début des années 80 – Ben, Hervé Di Rosa,Rémi Blanchard,...- qui ont pris la « liberté » de faire « figurer » toutes formes d'art sans frontière de genre culturel et d'origine géographique, sans hiérarchie de valeurs entre « haute » et « basse » culture.
Eric Prodhon est un artiste, pour qui « (i)l est toujours difficile de parler de ses propres œuvres : Un tableau, une sculpture, un poème, sont autant de verres tendus à un public qui accepte ou non de trinquer avec eux. »


Site : eric.prodhon.over-blog.com/

Un propos qui résume une création oscillant entre ésotérisme, érotisme et...épicurisme !
B P

Par Prodhon Eric
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil

Présentation

Texte Libre

Eric PRODHON est un artiste bourguignon autodidacte. Il fait partie du collectif d'artistes Art Cube, basé à Gemeaux (21) où il a son atelier avec 6 autres artistes 1 rue du jardin savetier.

Depuis l'art abstrait et l'influence de Kandinsky, l'artiste a glissé vers le figuratif libre. Inspirées par le monde fantastique de HP Lovecraft et les arts premiers ou par sa pratique archéologique, ses aquarelles aux couleurs exubérantes et ses huiles sur toile aux teintes plus fondues visitent aussi le pays des femmes, déesses inaccessibles et mystérieuses, toutes en courbe sensuelles. ses sculptures, plus ésotériques ou tourmentées, comme son Christ bleu, semblent émerger d'un autre monde... Une création entre ciel et terre.

 

Syndication

  • Flux RSS des articles
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus